CEMAC | DROIT BANCAIRE : IA, finance verte, résilience, LCBFT - Compte rendu de la 15e Réunion Annuelle de Concertation du Président de la COBAC avec la profession bancaire et financière


Par DMF |


Les travaux de la 15ème Réunion Annuelle de Concertation du Président de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC) avec la profession bancaire et financière de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) se sont tenus le 25 septembre 2026 à l'Hôtel Anda China de Malabo, en République de Guinée Équatoriale. La rencontre ouverte par Milagrosa OBONO ANGUE, Ministre Délégué auprès du Ministre d'État en charge des Finances, et présidée par Monsieur Yvon SANA BANGUI, Gouverneur de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) et Président de la COBAC a réuni les hauts responsables de la COBAC, les Directeurs Nationaux de la BEAC, les présidents des associations professionnelles des établissements de crédit et de microfinance, ainsi que les dirigeants des établissements de paiement de la CEMAC.  Que retenir des échanges qui ont porté sur quatre axes stratégiques majeurs...

Les axes majeurs développés sont les suivants :

  1. La gouvernance bancaire à l'ère de la finance durable : Présenté par Félix NDZIE, ce thème a mis en exergue la matérialité des risques Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans le secteur bancaire. Les discussions ont souligné la nécessité d'adopter une stratégie communautaire, une taxonomie verte adaptée au contexte de la CEMAC, et de renforcer les capacités des superviseurs et des établissements, en s'appuyant sur la Loi bancaire unique.

  2. Les stress tests et la résilience financière : Justin BEM a dressé le bilan de la mise en œuvre des simulations de crise. Elles sont désormais un outil essentiel de pilotage stratégique et de gestion des risques, incitant les organes sociaux des banques à s'impliquer davantage.

  3. L'émergence de nouveaux produits et services de paiement : William NLEMBE (Orange Money Cameroon) a souligné la forte croissance du paiement mobile et ses opportunités pour l'inclusion financière. Il a toutefois alerté sur l'accroissement des risques de fraude, de cybercriminalité et de non-conformité en matière de LBC/FT, appelant à un renforcement des dispositifs de contrôle et de traçabilité.

  4. L'intelligence artificielle (IA) dans le secteur bancaire : Animé par des experts (Mmes Déborah Zribi, Christine Saidani, Dr Gérard Lewourien EYOUM EYOUM et Ghislain MBOUMBA), ce panel a exposé les opportunités de l'IA (analyse de données, évaluation des risques) tout en soulignant les dangers associés (opacité des algorithmes, biais de décision, fuite de données). Une stratégie régionale de l'IA au niveau de la CEMAC, incluant l'hébergement local des données et un encadrement rigoureux, a été préconisée.

En marge de ces exposés, les participants ont salué le projet de création du Forum Économique et Financier de l'Afrique Centrale (FEFAC). Pour clore les travaux, le Président de la COBAC a rappelé l'impératif pour les établissements assujettis de renforcer leur gouvernance, leur résilience et leurs dispositifs globaux de maîtrise des risques. Cette rigueur est jugée indispensable pour accompagner efficacement les transformations technologiques et écologiques en cours, tout en préservant la stabilité du système bancaire et financier régional.


TEXTE DU COMMUNIQUÉ FINAL

La 15ème édition de la concertation annuelle du Président de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC) avec la profession bancaire et financière de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) s'est tenue le vendredi 25 septembre 2026 à l'Hôtel Anda China de Malabo, en République de Guinée Équatoriale.

Les travaux qui ont été ouverts par Madame Milagrosa OBONO ANGUE, Ministre Délégué auprès du Ministre d'État, Ministre des Finances, du Budget et de la Planification Nationale de la République de Guinée Equatoriale, ont été placés sous la présidence de M. Yvon SANA BANGUI, Gouverneur de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) et Président de la COBAC.

Ont également pris part à cette rencontre, le Président suppléant de la COBAC, les Commissaires de la COBAC représentant la Guinée Equatoriale, le Secrétaire Général et le Secrétaire Général Adjoint de la COBAC, les Directeurs Nationaux de la BEAC, les Présidents des Associations Professionnelles des Établissements de Crédit et de Microfinance de la CEMAC, ainsi que les Présidents des organes délibérants et de leurs comités spécialisés, et les Directeurs Généraux des établissements de crédit, de microfinance et de paiement de la CEMAC.

Après les civilités d'usage, le Président de la COBAC a rappelé l'importance stratégique de cette concertation annuelle, cadre privilégié de dialogue entre le superviseur et la profession bancaire et financière. Tout en soulignant la situation globalement stable du secteur bancaire, il a relevé la nécessité de poursuivre les réformes en cours pour soutenir cette dynamique. Il a ensuite présenté les principales thématiques de cette 15ème édition, portant notamment sur la gouvernance bancaire à l'ère de la finance durable, les stress tests et la résilience financière des établissements de crédit, ainsi que sur les enjeux liés à l'émergence de nouveaux produits et services de paiement dans la CEMAC et à l'utilisation de l'intelligence artificielle dans le secteur bancaire. Il est enfin revenu sur le projet de création du Forum Économique et Financier de l'Afrique Centrale (FEFAC), qui fait actuellement l'objet d'échanges entre la Banque Centrale et les partenaires stratégiques, en vue de son adoption prochaine par les instances Communautaires.

S'agissant du premier thème relatif à la gouvernance bancaire à l'ère de la finance durable, Monsieur Félix NDZIE, Directeur de la Surveillance Permanente des Établissements de Crédit et de Paiement au Secrétariat Général de la COBAC, a dans son exposé, rappelé quelques généralités en lien avec les facteurs Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG), leurs canaux de transmission, et souligné leur matérialité en risques financiers dans le secteur bancaire.

Il a en outre, précisé les attentes du régulateur et reprécisé le rôle central et la responsabilité des organes sociaux et des fonctions clés de contrôle face à la montée accrue des risques ESG. Il a enfin présenté les principales réformes règlementaires en cours au sein de la COBAC et de la BEAC en lien avec cette problématique, et passé en revue les principaux défis liés à leur mise en œuvre.

Intervenant sur le deuxième thème consacré aux stress tests et la résilience financière des établissements de crédit, Monsieur Justin BEM, Adjoint au Directeur des Études Générales et des Relations Internationales au Secrétariat Général de la COBAC, a présenté le bilan de la mise en œuvre des simulations de crise par les banques. Il a souligné que les stress tests constituent désormais un outil essentiel de pilotage stratégique et de gestion des risques, et permettent d'identifier les vulnérabilités des établissements en vue de renforcer leur résilience. Il a enfin invité les responsables des organes sociaux des banques à s'impliquer davantage dans le processus de mise en œuvre des stress tests dans leurs entités.

Abordant le troisième thème relatif à l'émergence de nouveaux produits et services de paiement dans la CEMAC, Monsieur William NLEMBE, Directeur Général d'Orange Money Cameroon, a mis en lumière la forte croissance du paiement mobile et les opportunités qui en découlent en matière d'inclusion financière. Tout en rappelant les enjeux qu'offrent les services de paiement, il a également insisté sur le fait que ces opportunités accroissent les risques de fraudes, de cybercriminalité et de non-conformité en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Il a par conséquent appelé à un renforcement des dispositifs de contrôle et de traçabilité des opérations.

Les travaux se sont poursuivis avec la session consacrée à l'intelligence artificielle dans le secteur bancaire, animée dans une première phase par Mesdames Déborah Zribi et Christine Saidani de l'ACPR et le Dr Gérard Lewourien EYOUM EYOUM du cabinet CYBERIX. Les intervenants ont mis en lumière les opportunités offertes par l'IA en matière d'analyse des données, d'évaluation du risque, de conformité et d'amélioration de la relation client. Ils ont également souligné les principaux risques associés à son utilisation, notamment le manque de transparence des algorithmes, les biais de décision, les risques de fuite de données et certaines vulnérabilités susceptibles d'affecter la stabilité financière. Dans une deuxième phase, Monsieur Ghislain MBOUMBA, Directeur Général de AFG Bank Gabon, a partagé l'expérience de la banque sur le déploiement des outils d'IA et réaffirmé la nécessité d'un encadrement rigoureux afin de garantir une utilisation responsable et sécurisée de ces technologies dans le secteur financier.

Les différents exposés ont été ponctués de débats riches et constructifs, modérés par le Président de la COBAC. Les discussions ont porté notamment sur :

  • la mise en place d'une stratégie Communautaire de prise en compte des risques ESG et la nécessité d'adopter une démarche progressive dans ce cadre, ainsi que le besoin de disposer des données fiables et harmonisées pour évaluer convenablement les risques ESG. Par ailleurs, la nécessité de l'adoption d'une taxonomie verte à l'échelle Communautaire a également été évoquée, afin d'adapter les règles de classification des actifs économiques au contexte de la CEMAC. La nécessité d'un renforcement de capacités, tant au niveau du superviseur que des établissements assujettis a également été suggérée. Enfin, les réformes engagées par la COBAC, notamment la Loi bancaire unique, qui servira de socle à l'évolution du cadre réglementaire en la matière ont été présentées.

  • le renforcement des pratiques de stress tests au sein des établissements assujettis, notamment par l'élaboration d'un scénario central de référence, défini au niveau de la COBAC et de la BEAC, qui sera communiqué à l'ensemble des établissements, à l'instar des pratiques observées dans d'autres juridictions, afin de favoriser une meilleure comparabilité des résultats et une appréciation plus homogène des risques a été suggéré. Les participants ont par ailleurs souligné la nécessité d'une appropriation accrue des résultats des stress tests par les organes sociaux, ceux-ci devant constituer un véritable outil d'aide à la décision et de pilotage des risques au sein des établissements ;

  • les relations entre les établissements de paiement et les agrégateurs, notamment en ce qui concerne le traitement comptable de certaines opérations et les risques associés à la circulation des fonds de la clientèle, lesquels transitent parfois directement par les comptes de ces acteurs ont été évoquées. Les participants ont également relevé les difficultés rencontrées par certains établissements de microfinance dans l'accès aux codes USSD, considérés comme un levier essentiel pour le développement et l'accessibilité des services financiers numériques ;

  • les contributions majeures que l'intelligence artificielle est susceptible d'apporter au secteur bancaire et financier, tout en soulignant la nécessité pour les établissements d'en assurer une maîtrise adéquate afin d'anticiper les risques associés, de renforcer les compétences des collaborateurs et de préserver la confiance des parties prenantes, ont fait l'objet d'échanges. Cette démarche pourrait s'appuyer sur l'adoption d'une stratégie régionale d'IA au niveau de la CEMAC, incluant le développement de solutions hébergées localement pour garantir la souveraineté et la sécurité des données stratégiques, des actions de formation et de sensibilisation des acteurs, l'accompagnement des établissements par des professionnels spécialisés, ainsi qu'une réflexion progressive devant conduire à la mise en place d'un cadre réglementaire adapté par le superviseur ;

Pour clore les travaux de cette 15ème réunion annuelle de concertation, le Président de la COBAC a rappelé la nécessité pour les établissements assujettis de renforcer leur gouvernance, leur résilience et leurs dispositifs globaux de maîtrise et de gestion des risques. Cette rigueur est indispensable pour accompagner efficacement les transformations technologiques et écologiques en cours, tout en préservant la stabilité du système bancaire et financier régional.

Fait à Malabo, le 25 septembre 2026,

Le Président de la COBAC - Yvon SANA BANGUI