Le marché financier de l'Afrique Centrale est souvent décrit comme le parent pauvre des marchés régionaux africains. Face à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) d'Abidjan, qui capitalise plusieurs milliers de milliards de FCFA et affiche une profondeur de marché sans équivalent en zone franc, la Bourse des Valeurs Mobilières d'Afrique Centrale (BVMAC), supervisée par la COSUMAF, peine à mobiliser l'épargne longue et à financer les projets structurants de la sous-région. C'est dans ce contexte que s'inscrit la Diamond Capital Convention 2026. Elle ne prend pas la forme d’un colloque académique de plus, mais se présente comme une tentative de créer, à Douala, cœur économique de la CEMAC, un espace de rencontre opérationnel entre capitaux, projets et régulateurs. L'ambition affichée par Almasi Capital, société organisatrice, est explicite : « faire de la Diamond Capital Convention le rendez-vous incontournable de la finance en Afrique Centrale ». Le défi est à la hauteur du diagnostic.
TROIS JOURS, TROIS CHANTIERS : VISION, FINANCEMENT ET RÉGULATION
Le programme de la convention s'articule autour d'une progression logique que le juriste du marché financier reconnaîtra sans peine. La première journée, dédiée à la vision et aux perspectives, accueillera des panels de haut niveau et des interventions institutionnelles portant sur les tendances régionales. La deuxième journée bascule vers l'opérationnel avec des études de cas, des présentations de projets et des sessions B2B orientées deal-making, soit précisément le chaînon manquant entre la réglementation et l'investissement effectif.
La troisième journée constitue sans doute, du point de vue juridique, la plus stratégique. D’après le programme officiel, elle est entièrement consacrée à la régulation et à la confiance. En cela, elle prévoit des dialogues avec les régulateurs, un travail sur les réformes du cadre juridique et un axe explicite sur le renforcement de la transparence. Ces sessions de « questions au régulateur » sont d'autant plus attendues que le cadre réglementaire du marché financier CEMAC est en pleine sédimentation. En effet, le Règlement n°01/22/CEMAC/UMAC/CM/COSUMAF portant organisation et fonctionnement du marché financier de l'Afrique Centrale et le Règlement Général de la COSUMAF ont reconfiguré en profondeur le paysage normatif, tandis que le dossier des Sukuk et des instruments financiers islamiques reste, en zone CEMAC, très en retrait par rapport à ce qu'a déjà accompli l'UEMOA avec son Règlement n°10/2022. La convention arrive donc à un moment où les praticiens, émetteurs et investisseurs ont des questions précises à poser aux superviseurs.
UN CHALLENGE D'INNOVATION FINANCIÈRE À 10 MILLIONS DE FCFA : LE SIGNAL D'UNE TRANSFORMATION STRUCTURELLE
Au-delà des panels institutionnels, la Diamond Capital Convention intègre une dimension innovation qui mérite attention juridique. Le Diamond Next Gen Challenge propose à des porteurs de solutions financières de se mesurer devant un jury, les trois finalistes concourant pour une dotation d'un montant de dix millions de FCFA attribuée au lauréat. La question posée est directement tirée des enjeux de marché : « Votre solution peut-elle changer la finance en Afrique Centrale ? »
Sur le plan juridique, cette mécanique de compétition entre acteurs innovants s'inscrit dans la continuité des réflexions engagées au niveau de la COSUMAF et de la COBAC sur l'encadrement des fintechs, des agrégateurs de paiement et des nouveaux modèles de distribution de produits financiers. Elle pose aussi, implicitement, la question du statut réglementaire des solutions primées. C’est dire qu’une innovation financière qui « change la finance en CEMAC » devra nécessairement s'inscrire dans le cadre d'un agrément ou d'une autorisation préalable, qu'il s'agisse d'un statut d'établissement de paiement, de prestataire de services d'investissement ou d'opérateur de marché. La tension entre la vitesse de l'innovation et le tempo de la régulation est précisément ce que la troisième journée de la convention devra contribuer à résoudre.
Ce que la Diamond Capital Convention 2026 dit, en creux, sur le marché financier de l'Afrique Centrale, c'est qu'il existe une demande forte de mise en relation directe entre le cadre normatif et ses destinataires. Des émetteurs souverains aux PME camerounaises en passant par les gestionnaires d'actifs, tous attendent d'un marché régional qu'il joue enfin le rôle que les traités fondateurs de la CEMAC lui ont assigné. Celui de mobiliser l'épargne longue, financer l'économie réelle et offrir aux investisseurs une alternative crédible aux circuits informels. La convention, si elle tient ses promesses programmatiques, pourrait marquer une étape dans cette conversion du potentiel en réalité.
En pratique : Diamond Capital Convention 2026, Best Western, Douala, Cameroun. Entrée libre sur inscription. Organisateur : Almasi Capital Advisory S.A. Contact :