Le GAFI a beau saluer des progrès continus dans sa déclaration du 30 octobre : il rappelle aussitôt que tous les délais du plan d’action sont expirés[1]. Quatrième année sur la liste des pays sous surveillance. Le message est clair : on ne sort pas de la liste grise parce qu’on a adopté des textes, mais parce qu’on prouve qu’ils fonctionnent.
La mécanique de sortie où pourquoi 80 % ne suffit pas
Les rapports de suivi le disent : le Cameroun est passé de 11 à 19 actions réalisées sur 24, soit près de 80 % du plan. Mais au GAFI, un plan d’action ne se valide pas au pourcentage. Il est achevé, ou il ne l’est pas.
La sortie suit une séquence stricte — et le Cameroun n’a pas encore franchi la première marche :
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Achèvement du plan d’action. Le pays doit avoir traité l’ensemble des actions convenues avec le GAFI, sans exception.
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Détermination initiale. En plénière, le GAFI constate que le plan est « substantiellement achevé » et autorise une visite sur place.
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Visite sur place. Des évaluateurs vérifient que les réformes sont appliquées, durables et soutenues politiquement.
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Retrait. La décision intervient à la plénière suivant une visite concluante.
Deux détails techniques qui changent tout
La Côte d’Ivoire et la RDC illustrent ce calendrier. Toutes deux ont obtenu la détermination initiale en juin 2026 (étape 2), puis leur retrait en octobre 2026 (étape 4). Le Cameroun, lui, n’a pas obtenu cette détermination en octobre.
Second point technique, souligné par le GAFI lui-même : il faut distinguer la conformité technique — les lois et règlements existent — de l’efficacité — ils produisent des résultats mesurables. Les actions restantes du Cameroun relèvent presque toutes de l’efficacité. Ce sont les plus longues à démontrer : elles exigent des statistiques, des dossiers et des décisions concrètes.
Ce qui bloque clairement
Le GAFI ne reproche plus au Cameroun de manquer de lois. Il lui reproche de ne pas prouver qu’elles s’appliquent sur le terrain[2].
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Acquis : les informations sur les opérations suspectes circulent désormais de façon sécurisée entre l’ANIF et les autorités.
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En cours : le Cameroun a préparé un plan de sensibilisation des associations à risque qui pourraient être détournées pour financer le terrorisme. Il doit maintenant suivre réellement, sans gêner les associations honnêtes.
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Encore bloquant :
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Contrôler ceux qui manient l’argent : les banques, mais aussi les notaires et les agents immobiliers.
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Récupérer l’argent sale : saisir, confisquer et gérer les biens issus des crimes — comptes, maisons, véhicules.
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Geler sans délai : bloquer immédiatement les avoirs des personnes listées par l’ONU pour terrorisme ou armes de destruction massive.
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NB : pour les spécialistes, ces chantiers renvoient aux Recommandations 26 et 28 (supervision), 4 (confiscation), 6 et 7 (sanctions financières ciblées) et 8 (association) du GAFI.
Le regard du Compliance Officer
Pour un responsable conformité, le maintien sur la liste grise n’est pas un symbole. C’est un paramètre qui entre directement dans les matrices de risque — et qui produit ses effets des deux côtés de la relation financière.
Côté contreparties étrangères
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Le risque pays reste élevé. La plupart des banques intègrent la liste grise dans leur notation pays. Toute relation liée au Cameroun conserve donc un score de risque géographique majoré.
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L’Union européenne va plus loin que le GAFI. Le GAFI ne demande pas de vigilance renforcée pour les pays de la liste grise. Mais le Cameroun figure aussi sur la liste européenne des pays tiers à haut risque[3]. Pour les banques, assureurs et professionnels européens, la vigilance renforcée y devient obligatoire.
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La correspondance bancaire se tend. Questionnaires de diligence plus lourds, délais d’entrée en relation allongés, coûts de conformité répercutés : le coût du financement et la vigilance des banques correspondantes augmentent.
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Le piège du derisking. Le GAFI rappelle que ses normes n’appellent pas à couper des catégories entières de clients, mais à appliquer une approche par les risques[4]. Autrement dit : distinguer le risque pays du risque client. Une relation bien documentée reste acceptable.
Côté assujettis camerounais
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Documenter, pas seulement déclarer. La future visite sur place portera sur des preuves : cartographies des risques à jour, dossiers clients complets, identification des bénéficiaires effectifs, traces des contrôles.
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Le filtrage sanctions doit être quasi instantané. Le standard « sans délai » des Recommandations 6 et 7 se mesure en heures, pas en semaines. Les listes du Conseil de sécurité doivent être intégrées automatiquement dans les outils de filtrage.
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La qualité des déclarations de soupçon prime sur leur nombre. Une déclaration exploitable par l’ANIF, transmise ensuite aux enquêteurs, pèse plus que dix déclarations défensives.
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Le secteur non financier est attendu au tournant. Notaires, agents immobiliers et négociants en métaux précieux sont soumis aux mêmes obligations que les banques par le règlement CEMAC sur la lutte anti-blanchiment. Leur mise en conformité effective est l’un des verrous de la sortie.
Ce qui ferait basculer la plénière de février 2027
Pour obtenir la détermination initiale en février 2027, le Cameroun devra arriver avec des résultats chiffrés, pas avec de nouveaux textes. Quatre indicateurs seront décisifs :
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Des inspections réalisées et sanctionnées. Un programme de contrôle fondé sur les risques, des missions effectuées dans le secteur non financier et des sanctions effectivement prononcées.
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Des avoirs confisqués et gérés. Un organe opérationnel de gestion des biens saisis, avec un inventaire et des décisions de confiscation exécutées.
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Un gel des avoirs testé. La preuve que les désignations de l’ONU sont répercutées aux assujettis et appliquées dans les délais.
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Une surveillance des associations à risque. Le passage du plan de sensibilisation à un suivi effectif, ciblé et proportionné.
[1] GAFI, 30 octobre 2026.
[2] GAFI, 30 octobre 2026.
[3] Douanes françaises.
[4] GAFI, 19 juin 2026.