UEMOA | BUREAU D'INFORMATION SUR LE CREDIT : Bilan d'une décennie de transformation et perspectives à l'ère du digital


Par Didier DRO MAKADORisk Manager / Spécialiste Veille Stratégique - Rédacteur en Chef Adjoint et Représentant DMF en Afrique de l’Ouest


La 7ème Rencontre Annuelle du Bureau d’Information sur le Crédit (BIC) de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), tenue à Cotonou en octobre 2025, a offert une plateforme pour une réflexion stratégique autour du thème : « 10 ans après l’avènement du BIC dans l’UEMOA : Bilan et perspectives. »

Cette décennie a été marquée par une mutation profonde du paysage financier de l'Union, où le BIC s'est imposé comme un instrument incontournable. L'analyse de ce parcours révèle un bilan largement positif et dessine des perspectives prometteuses, bien que jalonnées de défis à l'ère de la digitalisation massive.

Bilan : Une décennie de consolidation et d'impact sur le marché du crédit

L'instauration du BIC visait à répondre à une problématique majeure du secteur financier de l'UEMOA : une forte asymétrie d'information qui freinait l'accès au crédit, augmentait le coût du risque pour les prêteurs et limitait l'inclusion financière. Dix ans plus tard, le bilan témoigne d'un succès indéniable dans la réalisation de ces objectifs fondamentaux.

Le BIC, opéré par Creditinfo West Africa, est devenu une source de données centralisée et vitale pour les acteurs financiers. Les statistiques présentées lors de la rencontre de Cotonou illustrent l'ampleur de son intégration dans l'écosystème financier de l'Union.

 

Indicateur Clé (au 30 juin 2025)

Volume

Contrats de crédits enregistrés

Plus de 40 millions

Individus (personnes physiques) identifiés

18 millions

Entreprises (personnes morales) enregistrées

385 000

Institutions financières actives

318

Consultations de rapports de crédit (mi-2025)

Plus de 1,3 million

Source : Données présentées par Creditinfo West Africa lors de la 7ème Rencontre Annuelle du BIC-UEMOA.

Ces chiffres démontrent non seulement une adoption massive de l'outil par les institutions financières, mais aussi une amélioration significative de la transparence du marché du crédit.. Les établissements assujettis reconnaissent que les services du BIC impactent positivement la qualité de leur portefeuille et les taux d'intérêt débiteurs appliqués à leur clientèle », a confirmé Madame Fatou Dieng Gueye, représentante de la BCEAO, citant une étude qualitative menée en 2024 par la Banque Centrale.

L'amélioration de la gestion du risque de crédit

Au-delà des volumes, la contribution la plus significative du BIC réside dans sa capacité à fournir des outils d'évaluation du risque plus objectifs et fiables. L'introduction des scores de crédit a transformé les processus d'octroi de prêts.

 

Une analyse de Creditinfo West Africa a démontré que les clients avec de bons scores de crédit étaient dix fois plus susceptibles d'être de bons payeurs que ceux avec un mauvais score.

 

Cette capacité prédictive a permis aux banques et institutions de microfinance de :

  • Réduire les coûts et les délais d'analyse des dossiers de crédit.
  • Augmenter le volume de crédits octroyés tout en maîtrisant le risque de défaut.
  • Diminuer les taux de prêts non performants, un défi historique dans la région.

 

En objectivant la décision de crédit, le BIC a contribué à moderniser l'industrie et à améliorer le climat général des affaires dans l'Union.

Perspectives : Entre innovations technologiques et nouveaux défis

Si le bilan de la première décennie est positif, les dix prochaines années s'annoncent tout aussi décisives. Les discussions lors de la rencontre de Cotonou ont mis en lumière les grands axes qui façonneront l'avenir du BIC et de l'inclusion financière dans l'UEMOA.

L'Avenir digital : Interopérabilité, IA et Big Data

Les perspectives d'évolution du BIC sont intrinsèquement liées à la transformation digitale du secteur financier. Trois domaines clés se dégagent :

 

  • L'Interopérabilité : Le lancement de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI) par la BCEAO en septembre 2025 est une avancée majeure. Elle crée un écosystème de paiement unifié, instantané et à faible coût. Pour le BIC, cela signifie une explosion potentielle des données transactionnelles, qui pourront être utilisées pour affiner les modèles de scoring et évaluer la solvabilité d'une population encore plus large, notamment celle qui utilise principalement les services de mobile money. Une révolution qui s'inscrit dans la continuité des avancées spectaculaires de la région : les paiements électroniques sont passés de 260 millions en 2014 à plus de 11 milliards en 2024, tandis que le taux d'inclusion financière a bondi à 74%, contre moins de 15% il y a deux décennies.

 

  • L'Intelligence Artificielle (IA) : L'IA a été un thème central de la rencontre. Son application permettra de développer des modèles de scoring plus sophistiqués, d'automatiser entièrement les décisions pour les petits crédits, et d'analyser des sources de données alternatives (Big Data) pour évaluer le risque des clients sans historique de crédit formel.
  • La Qualité des données : La pertinence des futures innovations dépendra de la qualité et de l'exhaustivité des données collectées. La participation active et rigoureuse de toutes les institutions financières assujetties reste un enjeu majeur pour garantir la fiabilité des informations du BIC.

Les nouveaux défis à l'horizon

L'évolution vers un écosystème plus digitalisé et interconnecté soulève également de nouveaux défis qui ont été largement débattus :

 

  • La Cybersécurité et la protection des données : La concentration d'un volume aussi important de données financières sensibles fait du BIC une cible potentielle. Le renforcement constant des infrastructures de cybersécurité et la mise en conformité avec les réglementations sur la protection des données personnelles sont des impératifs absolus pour maintenir la confiance des usagers et des institutions.²²
  • Le Dilemme de la fiscalité : L'intervention remarquée lors de la rencontre sur le risque de la taxe sur les transferts d'argent au Sénégal a mis en lumière une menace potentielle. Une fiscalité mal calibrée sur les services financiers numériques pourrait freiner leur adoption, encourager un retour vers les transactions en espèces et, in fine, aller à l'encontre des objectifs d'inclusion financière et de dématérialisation des paiements promus par la BCEAO et le BIC.

 

Le bilan des dix premières années du BIC-UEMOA est celui d'une institution qui a réussi à s'imposer comme une infrastructure fondamentale du marché financier régional, apportant plus de transparence, une meilleure gestion du risque et un accès élargi au crédit. Les perspectives pour la prochaine décennie sont celles d'une convergence encore plus forte avec les innovations technologiques. L'enjeu sera de capitaliser sur le potentiel de l'interopérabilité, de l'IA et du Big Data pour approfondir l'inclusion financière, tout en naviguant les défis complexes de la cybersécurité et d'un environnement réglementaire et fiscal qui doit rester incitatif. Le succès futur du BIC dépendra de la capacité de l'ensemble de l'écosystème à collaborer pour transformer ces défis en opportunités.