CEMAC | SUPTECH : La COBAC se penche sur l’usage de l’intelligence artificielle dans la régulation bancaire


Par DMF |


Dans son rapport annuel 2025, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), en esquissant les priorités de l’exercice 2026-2027 précise de manière explicite, le recours progressif à l’intelligence artificielle pour renforcer l’exploitation des données prudentielles et moderniser la supervision bancaire dans la CEMAC.

SG de la COBAC

Il est vrai que cette annonce ne correspond pas à dire qu'un déploiement immédiat et généralisé de l’IA sera effectué mais permet de comprendre une orientation stratégique assumée visant à faire de la COBAC un superviseur plus prospectif, plus réactif et mieux outillé face à la complexité croissante du secteur financier. En clair, l’objectif affiché est opérationnel pour la COBAC qui entend mobiliser des algorithmes d’analyse avancée pour faciliter la détection d’anomalies dans les reportings réglementaires, identifier les incohérences ou les ruptures de tendance, améliorer les mécanismes d’alerte précoce et assister les équipes de supervision dans l’analyse de volumes croissants de données. Une ambition qui s’inscrit dans le prolongement du Plan stratégique « OWALI » 2025-2029, dont l’un des axes vise à accélérer la transformation numérique de la supervision.

Cette innovation pourra s’appuyer sur plusieurs socles technologiques à l'instar de la plateforme SPECTRA pour la collecte et l’exploitation des reportings, CERBER pour les établissements de crédit, SESAME pour les établissements de microfinance, ainsi que les dispositifs de notation SYSCO 3 et SYSCO-EMF pour l’évaluation des profils de risque. A ce stade, on peut penser que l’intégration de l’IA ne viendra que compléter ces outils, avec des contrôles automatisés de cohérence, de complétude et de vraisemblance des déclarations, et une meilleure traçabilité des données.

Une annonce et pas un déploiement complet

Il convient de lire cette annonce avec précision. Le rapport évoque une « réflexion » sur le recours aux technologies d’intelligence artificielle et une « utilisation progressive » d’algorithmes d’analyse avancée. La COBAC ne déclare donc pas que l’IA pilote déjà ses décisions de supervision. Elle pose les bases d’une intégration graduelle, qui devra être accompagnée de gouvernance des données, de compétences internes, de règles de cybersécurité et d’une supervision des modèles eux-mêmes.

Cette approche progressive est cohérente avec les moyens du superviseur : le Secrétariat général prévoit en 2026 de renforcer ses effectifs, notamment par le recrutement de cadres spécialisés en audit et de profils techniques. La formation continue, déjà orientée vers la supervision basée sur les risques, les technologies de supervision (SupTech), la cybersécurité et les risques climatiques, devrait accompagner cette montée en compétences.

Une IA qui complète, mais ne remplace pas, le superviseur

Toutefois, à l'analyse, on se rend compte de ce que la COBAC fixera une limite tant l’intelligence artificielle doit préserver le rôle central de l’expertise des superviseurs dans l’appréciation des risques. Autrement dit, l’outil algorithmique ne devra pas se substitue pas au jugement prudentiel mais doit juste aider les équipes à hiérarchiser les risques, à cibler les contrôles et à anticiper les fragilités, notamment dans un environnement marqué par la montée des expositions souveraines, la transformation numérique des services financiers, les cyberrisques et les enjeux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Cette prudence est d’autant plus nécessaire que la qualité des données demeure un défi. Le rapport identifie d’ailleurs l’amélioration de la qualité des données prudentielles comme l’un des principaux leviers de modernisation pour les prochaines années. À compter de 2026, des missions de contrôle ciblées sur les reportings CERBER sont prévues afin d’évaluer la fiabilité des données transmises, la robustesse des dispositifs de contrôle interne et le respect des exigences réglementaires.

En tout état de cause, pour la COBAC, l’enjeu est de passer d’une supervision essentiellement fondée sur le constat des risques à une supervision capable de les anticiper. L’IA peut y contribuer, à condition qu’elle soit encadrée, proportionnée et adossée à des données fiables. Dans un système bancaire régional où les actifs dépassent 27 500 milliards de FCFA et où les interconnexions entre banques, États et acteurs numériques s’intensifient, la capacité à détecter tôt les signaux faibles devient un avantage prudentiel décisif.