CEMAC | REGULATION BANCAIRE : Dix (10) risques et vulnérabilités majeurs détectés par la COBAC dans l’activité bancaire en 2025


Par DMF |


A la faveur d'une lecture transversale du Rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), il se dégage non un « classement officiel » des risques mais une analyse de l'activité des banques, établissements financiers, établissements de microfinance (EMF) et établissements de paiement (EP) qui fait ressortir dix vulnérabilités majeures. Si le secteur ressort globalement solide et rentable avec ses 54 banques pour un total bilan agrégé de 27 536 milliards de FCFA (+10,3 %), un résultat net de 524 milliards (+16,4 %), ces risques ne restent pas moins interpellateurs. 

1. Le risque souverain et la concentration des expositions sur les États

C’est l’un des risques les plus explicitement soulignés et il tient de ce que les financements accordés aux États et assimilés atteignent 10 641 milliards de FCFA, soit 38,6 % du total bilan du secteur bancaire et plus de 500 % des fonds propres nets agrégés. Les titres publics représentent à eux seuls 8 038 milliards, soit 75,5 % de ces financements. La COBAC parle d’un risque souverain qui « se mue progressivement en un risque systémique majeur », en raison de la profondeur limitée des marchés régionaux et de l’interdépendance croissante entre banques et finances publiques.

2. Le risque de crédit et la dégradation de la qualité des actifs

Les créances en souffrance des banques s’élèvent à 2 244 milliards de FCFA (+10,9 %), pour un taux brut de 16,0 % et un taux net de 4,5 %. Les créances douteuses représentent 11,9 % des crédits bruts. Le niveau reste élevé malgré une légère amélioration. Dans les EMF, le taux brut de dégradation atteint 20,5 % (+33 % de créances en souffrance) ; dans les établissements financiers, il atteint 38,8 %. La COBAC relève que la qualité des actifs demeure l’une des principales vulnérabilités du système.

3. Le risque de liquidité et la dépendance accrue au refinancement de la BEAC

La trésorerie nette des banques demeure excédentaire à 7 643 milliards de FCFA, mais elle recule de 7,3 %. Surtout, le refinancement auprès de la BEAC passe de 984 milliards en 2024 à 2 022 milliards en 2025, tandis que le solde des opérations avec la Banque centrale chute de 57,3 %. La COBAC appelle à une « vigilance particulière quant à la dépendance de certains établissements à cette source de financement ». Le risque de liquidité et de financement est également jugé élevé pour une large partie des établissements financiers, et 26 % des EMF ne respectent pas le rapport de liquidité minimal.

4. Le risque de concentration et le non-respect de la division des risques

La concentration des expositions est identifiée dans tous les segments. Dans les banques, 13 établissements dépassent la limite individuelle de division des risques et 5 la limite globale. Dans les EMF, 36 % ne respectent pas la limite individuelle et 15 % la limite globale. Les crédits bancaires restent concentrés sur quelques branches : commerce, électricité et gaz, agriculture, autres services et fabrication totalisent 56 % de l’encours. La COBAC combine ce risque avec celui de la concentration au souverain.

5. Le risque de solvabilité et l’insuffisance de fonds propres

Les fonds propres nets des banques progressent à 2 062 milliards de FCFA (+9,2 %), mais 18 banques présentent une insuffisance de fonds propres nets ; 8 affichent un ratio de couverture des risques inférieur à 10,5 %, pour un besoin additionnel estimé à 325 milliards de FCFA. Sept banques sont en infraction sur le capital minimum, sept sur le ratio de capitaux propres et neuf sur le ratio de fonds propres de base. Trois établissements financiers ne disposent pas d’un niveau de fonds propres satisfaisant. Les EMF ont renforcé leurs fonds propres agrégés (+13,2 %), mais restent nombreux à ne pas respecter les ratios prudentiels.

6. Les faiblesses de gouvernance, de contrôle interne et de gestion des risques

Les missions de contrôle sur place mettent en évidence des insuffisances récurrentes :

-  fonctionnement insuffisant des comités spécialisés,

-  implication limitée des organes délibérants,

-  dépendance à des personnes clés,

-  formalisation incomplète des processus,

-  faible culture de contrôle,

-  absence d’indicateurs de performance,

-  coordination insuffisante des fonctions de contrôle et gestion des risques trop réactive.

Ces constats concernent les banques, mais aussi les établissements financiers et les EMF, dont le profil de risque est fragilisé par des lacunes en contrôle interne et en gouvernance.

7. Le risque lié aux systèmes d’information, à la qualité des données et à la cybersécurité

Le rapport relève une qualité et une fiabilité perfectibles des données, le recours à des traitements manuels, des incohérences entre données comptables et de gestion, ainsi qu’une dépendance aux prestataires. La COBAC précise qu'elle entend faire de l’amélioration de la qualité des données prudentielles un axe majeur pour 2026-2027, avec des missions ciblées sur le reporting CERBER et le renforcement de la plateforme SPECTRA. À cela s’ajoutent les risques cyber, la dépendance technologique et la sécurité de l’information, particulièrement dans les établissements de paiement.

8. Le risque de blanchiment, de financement du terrorisme et de fraude numérique

La transformation numérique accroît les risques de LBC/FT-P, de cyberattaques, de fraude numérique, de violation des données personnelles et de dépendance technologique. Les établissements de paiement ont réalisé 4,6 milliards de transactions pour 44 037 milliards de FCFA en 2025, ce qui accroît leur importance systémique et les enjeux de supervision technologique et opérationnelle. Les profils de risque des banques, EMF et établissements financiers mentionnent des insuffisances en matière de dispositifs LBC/FT et de gestion des risques opérationnels.

9. Le risque de contagion transfrontalière et d’interdépendance intragroupe

Quatorze groupes bancaires opèrent dans la CEMAC, dont douze groupes étrangers et deux locaux. La COBAC relève une montée des interdépendances entre filiales, holdings et entités liées, des flux financiers intragroupes, des risques de contagion transfrontalière et une interconnexion croissante entre établissements systémiques et finances publiques. La supervision consolidée des groupes et des établissements d’importance systémique devient donc un enjeu central.

10. Le risque climatique et environnemental émergent

La COBAC qui a adhéré en 2025 au Network for Greening the Financial System (NGFS) reconnaît que les événements climatiques extrêmes, les transitions énergétiques et les changements réglementaires auront progressivement des incidences sur la qualité des actifs bancaires, les modèles économiques et les valorisations financières. Dès lors, ce risque n’est pas encore le plus matériel à court terme mais il est désormais intégré comme composante de la stabilité financière et comme priorité de supervision prospective.

En synthèse, le système bancaire de la CEMAC reste solide et rentable, mais la COBAC identifie une combinaison de risques structurels risque souverain, qualité du crédit, liquidité, concentration, fonds propres, gouvernance, données, LBC/FT, contagion transfrontalière et de risques émergents cyber, numérique et climat. C’est cette combinaison qui justifie le plan stratégique « OWALI » 2025-2029 et le renforcement de la supervision basée sur les risques.