FRANCOPHONIE | FINANCE DURABLE : Une plateforme francophone dédiée aux financements durables mise en ligne sous forme de guichet unique


Par Dr ZOGO |


À l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement, l'OIF et l'IFDD ont lancé un guichet unique en français pour accélérer l'accès aux financements climatiques, avec à titre d'illustration une quinzaine de projets exemplaires déjà identifiés du Cameroun aux Comores, en passant par Haïti, Madagascar ou le Tchad, et une base de données de plus de deux cents opportunités de financement...

À la faveur de la Journée mondiale de l'environnement placée sous le thème "Restaurer la Terre : agir maintenant pour un avenir durable", l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et son Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) ont publié la Plateforme francophone finance durable, accessible à l'adresse financedurable.francophonie.org.

Selon les concepteurs, conçue comme un guichet unique en français, cette plateforme répond à un besoin urgent consistant à rendre les financements climatiques plus accessibles, plus transparents et plus adaptés aux réalités des pays membres. Dans un contexte où les besoins se comptent en milliers de milliards de dollars par an, mais où seule une fraction est effectivement mobilisée, l'initiative vise à réduire les inégalités d'accès et à accélérer la transition écologique dans l'espace francophone.

Des projets concrets déjà mobilisés sur le terrain

Pour illustrer la portée de cette initiative, quelques projets sont déjà identifiés ou accompagnés dans le cadre de la plateforme. Ils couvrent l'ensemble des enjeux climatiques et environnementaux prioritaires pour la Francophonie. Ainsi, au Cameroun, un projet d'élaboration d'une stratégie nationale de gestion des autres mesures de conservation efficace par zone (AMCEZ) vise à renforcer le réseau national de conservation in situ de la biodiversité. Doté de près de 3,6 millions de dollars, il soutiendra environ cent sites hors aires protégées, avec une cartographie participative, un renforcement des capacités institutionnelles et un suivi écologique intégré. Par ailleurs, une initiative de transition énergétique combine efficacité énergétique et promotion des énergies renouvelables pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles. Avec un budget de 23,5 millions de dollars, elle prévoit des mécanismes incitatifs et un alignement sur la Contribution déterminée au niveau national (CDN) du pays.

Au Tchad, plusieurs projets majeurs sont en cours. L'Initiative intégrée de villes vertes et résilientes au climat (GCRC) intervient dans quatre villes pilotes - N'Djaména, Moundou, Sarh et Abéché - pour lutter contre les inondations, les îlots de chaleur et l'érosion des sols, grâce à des solutions basées sur la nature et des infrastructures climato-résilientes, pour un montant de 38,8 millions de dollars. Un autre projet de 23,8 millions de dollars promeut les énergies vertes pour les systèmes agro-pastoraux, en combinant accès à l'eau, énergie solaire, biogaz et compost. Enfin, le projet ICRiDMa-CHAd, également doté de 23,8 millions de dollars, renforce la résilience du système de santé face aux risques climatiques par des systèmes d'alerte précoce, des infrastructures résilientes et une surveillance sanitaire climato-informée.

En Haïti, deux interventions structurantes sont à signaler. La première, de près de 25,9 millions de dollars, porte sur la réhabilitation des forêts, la protection de la biodiversité et la gestion intégrée des ressources en eau dans le bassin versant allant du massif de la Selle à Anse-à-Pitres, avec des pratiques d'agroforesterie et d'agriculture intelligente face au climat. La seconde, de 30,4 millions de dollars, transforme la gestion des déchets ménagers solides en opportunité d'économie circulaire, en réduisant les émissions de méthane et les risques d'inondation par le compost, le biochar et le biogaz.

Au Bénin et au Sénégal, un projet de mise en place de chaînes de valeur agroalimentaires résilientes et bas carbone cible les pertes post-récolte, avec un budget de 823 000 dollars sur trois ans. Il soutient l'agriculture intelligente face au climat, des technologies écoénergétiques et l'intégration aux marchés, au bénéfice des femmes et des jeunes. Un autre projet spécifique au Bénin, de 10 millions de dollars, renforce la résilience des petits exploitants dans les départements de l'Atacora, Donga et Couffo, en promouvant des pratiques agricoles résilientes et des capacités de transformation.

Aux Comores, un projet de 917 000 dollars promeut des solutions fondées sur la nature pour l'adaptation urbaine dans les villes de Moroni, Mutsamudu et Fomboni, en combinant restauration de zones humides, drainage végétalisé et reverdissement urbain.

Au Burundi, plusieurs initiatives sont recensées. Un projet de 11,5 millions de dollars sur cinq ans renforce l'adaptation des petits producteurs dans les dépressions de Kumoso par l'agroécologie et l'irrigation résiliente. Un autre, de 29,3 millions de dollars sur dix ans, substitue le bois énergie et le charbon de bois par la promotion du biogaz à Bujumbura, réduisant la déforestation et les émissions de méthane. Enfin, un projet de 4,8 millions de dollars dans la région de Mumirwa restaure les milieux dégradés et améliore les conditions de vie via l'agroforesterie et le reboisement.

En République centrafricaine, un projet de 30,5 millions de dollars sur six ans promeut l'agroforesterie avec zéro déforestation pour la résilience climatique, en combinant restauration des paysages forestiers, gouvernance foncière inclusive et chaînes de valeur vertes.

En Guinée équatoriale, un projet de 35,1 millions de dollars adopte une gestion intégrée des zones côtières face à la montée du niveau de la mer et à l'érosion, en protégeant les mangroves et en renforçant la résilience de près de 367 000 personnes.

À Madagascar, trois projets exemplaires sont à souligner. Le premier, de 61,4 millions de dollars sur cinq ans, valorise le carbone bleu à travers la restauration des mangroves, herbiers et récifs, au bénéfice de plus de 500 000 habitants côtiers. Le second, de 11,2 millions de dollars, accélère la transition énergétique dans les zones rurales avec un taux d'électrification inférieur à 10 %, via des mini-réseaux solaires hybrides et des usages productifs. Le troisième, de 14,9 millions de dollars, renforce la résilience climatique des communautés et de la biodiversité dans l'aire protégée de Masoala, en alliant restauration écologique, moyens de subsistance durables et gouvernance participative.

Une base de données de deux cents opportunités de financement

Au-delà des projets déjà structurés, la plateforme offre un accès direct à une base de données évolutive de deux cents opportunités de financement, accessible via un moteur de recherche permettant de filtrer par type de financement, secteur d'activité, organisation éligible, région ou pays.

Cette base de données vit grâce aux contributions des acteurs francophones et l'IFDD invite chacun à partager ses informations à l'adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. et, selon ses compétences, à rejoindre le réseau d'experts pour amplifier l'impact collectif.

Parmi les opportunités déjà référencées, on trouve :

  • Le dispositif Reforest'Action, qui soutient des projets de reforestation et de régénération naturelle.
  • Le programme RE Granting de l'Initiative Re-Earth propose des subventions pour des projets communautaires portés par des jeunes ou des initiatives citoyennes.
  • Le Fonds d'intervention d'urgence (Rapid Response Facility) fournit des subventions rapides pour répondre à des menaces imprévues sur la biodiversité, en partenariat avec Fauna & Flora et le Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO, couvrant plus de cinquante pays dont l'Albanie, l'Arménie et de nombreux États africains.
  • Le Rainforest Trust soutient la création et l'extension d'aires protégées dans les régions tropicales et subtropicales.
  • L'African Adaptation Benefit Fund (AABF) et le Mécanisme des Avantages d'Adaptation (ABM), tous deux portés par la Banque africaine de développement, visent à certifier et financer les bénéfices sociaux, économiques et environnementaux de l'adaptation dans une trentaine de pays, dont le Bénin, le Burundi et vingt-huit autres.
  • La Fondation Rabo finance des organisations agricoles et sociales qui renforcent les moyens de subsistance des petits producteurs.
  • Le Quick Response Fund for Nature (QRFN), géré par RESOLVE, fournit des financements accélérés pour sécuriser des sites essentiels à la conservation. Enfin,
  • La Quadrature Climate Foundation (QCF) finance des organisations et partenariats travaillant sur des solutions climatiques dans quarante-huit pays, de l'Albanie à l'Andorre.

Ces neuf opportunités ne sont qu'un aperçu des deux cents ressources déjà disponibles, et la base continue de s'enrichir chaque semaine.

Une réponse concrète à des obstacles structurels

En tout état de cause, les pays en développement, en particulier ceux de la Francophonie, se heurtent à des barrières persistantes comme la complexité des procédures, l'absence d'informations centralisées et la barrière linguistique, la majorité des ressources étant disponible uniquement en anglais.

Ainsi, la Plateforme francophone finance durable a été pensée pour simplifier ce parcours. Elle offre une vision claire des opportunités internationales, régionales et nationales, ainsi que des outils pratiques pour accompagner les porteurs de projets. Grâce à un moteur de recherche avancé, il est possible de filtrer par pays, secteur d'activité (énergie, agriculture, eau, biodiversité...), type d'instrument (subventions, prêts, investissements privés) ou montant. La plateforme propose également des ressources pédagogiques en français - guides méthodologiques, manuels de formation et études de cas - ainsi qu'un espace collaboratif et une infolettre dédiée.

Notons que l'Organisation internationale de la Francophonie regroupe 90 États et gouvernements, représentant plus d'un milliard de personnes. Elle œuvre pour la promotion de la langue française, la coopération multilatérale et le développement durable. L'Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), organe subsidiaire de l'OIF, accompagne les membres dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable et des accords multilatéraux sur l'environnement.