« Renforcer la réponse judiciaire contre les flux financiers illicites », tel était l’objectif, affiché avec clarté, était au cœur de l’atelier intensif organisé à l’endroit des juges du Tribunal Criminel Spécial (TCS) du Cameroun. Pendant sept jours, dans la capitale politique, la salle d’audience a été remplacée par la salle de formation, où une dizaine de magistrats – juges du siège et juges d’instruction – ont planché sur les arcanes de la criminalité financière moderne.
Initiée par le programme SecFin Africa, cette session qui s’inscrivait dans le cadre du partenariat stratégique entre le Cameroun et l’Union européenne, en étroite collaboration avec l’Agence Nationale d’Investigation Financière (ANIF) entendait répondre à une urgence. L’idée étant de faire du TCS, juridiction d’exception créée pour juger les crimes majeurs, un rempart efficace contre les circuits opaques qui saignent les économies.
Enquêtes parallèles et patrimoniales au cœur des dossiers réels
Loin des considérations théoriques, les échanges se sont nourris de cas pratiques tirés de procédures réelles. Les participants ont abordé, avec des experts internationaux, des thématiques pointues autour des infractions complexes de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (FT) ; des techniques d’enquête parallèle et patrimoniale, permettant de remonter les flux financiers jusqu’à leurs bénéficiaires effectifs ou encore des mécanismes de coopération interinstitutionnelle et internationale, gage d’une réponse coordonnée face à des réseaux souvent transfrontaliers.
Une feuille de route
Cette initiative qui n’est pas un acte isolé s’inscrit globalement dans le plan pluriannuel du Ministère de la Justice camerounais ayant fait de la lutte contre l’impunité économique une priorité notamment en raison du maintien du Cameroun sur la liste grise GAFI. A y regarder de près, le choix du Tribunal Criminel Spécial n’est pas anodin vu que cette juridiction a été créée pour traiter des dossiers les plus sensibles en lien avec la haute corruption, les détournements massifs, les crimes économiques. En fait, l’action judiciaire du Cameroun contre le blanchiment des capitaux dépend aussi pour beaucoup de la crédibilité et de la capacité du TCS a donné le ton et à prononcer des décisions exécutoires, conditionnent en grande partie la confiance des partenaires internationaux et des investisseurs.
En tout état de cause, la collaboration avec l’ANIF, cellule de renseignement financier nationale, est au cœur de cette dynamique donc la finalité est de fluidifier le dialogue entre le renseignement et l’action judiciaire, pour que les suspicions de blanchiment se traduisent plus rapidement en saisies et en condamnations.